CHAPITRE 3 : La Nouvelle.
Comme cela me manquait d'être une simple enfant, d'être insouciante, de ne pas comprendre, d'être juste là, de vivre simplement, d'être aimée, choyée, et de ne connaître que sois même. Raphaël était à quatre pattes dans son parc, il gazouillait, croquait un jouet par-ci, en goutait un autre par-là...J'aurais été capable de donner n'importe quoi pour être à sa place, là, maintenant, pour m'enfermer dans mon monde, pour fermer la porte de mon esprit et jeter la clé, pour ne pas savoir, pour ne pas comprendre...Non, je ne voulais pas comprendre.
- Emma c'est impossible pour l'instant.
- Je veux voir ma mère, où est-elle ?
- Tu ne peux pas, plus tard, elle n'est pas en état.
- Où est-elle ?!!!
Ma voix tremblait de rage, ou peut être de peur, je ne le savais pas. Des larmes coulaient sur mes joues. Je ne voulais pas les montrer, je ne voulais pas quelques soient là. La colère, le désarrois, l'incompréhension...Je ne voulais pas comprendre ! Je ne voulais pas ! Le vérité est parfois si dur à accepter que l'ignorance est préférable.
- Emma calme-toi, ta mère est entre de bonnes mains, des médecins prennent soin d'elle, mais ils recommandent pour sa santé et pour la tienne, que tu ne la vois pas. La voir dans le coma serait trop difficile, tu es trop fragile, il faut que tu comprennes ça.
- Que je comprenne quoi ? Qu'on m'enlève mes parents c'est ça, qu'on nous condamne, mes frères et moi à devenir orphelin ?
- Non Emma, ce n'est pas ça du tout, seulement ta mère est dans un état critique, c'est pour sa santé, quand à ton père, tu pourras bientôt lui rendre visite, et s'il est innocenté, il reprendra votre garde. En attendant d'avoir plus de preuves, la loi nous oblige à le laisser en garde à vue. Quant à tes frères et toi, quelqu'un viendra vous chercher au poste, une famille d'accueil en quelque sorte. Une fois que le tribunal aura prouvé l'innocence de ton père, vous retournerez vivre avec lui.
Il avait réponse à tout, il devait me faire comprendre que j'avais tord, pour faire son métier, pour m'emmener, mes frères et moi au poste de police et pour nous livrer à une famille qui n'est pas la notre.
En ce moment même, mon père était coincé au poste, attendant de voir ses enfants partir et sa femme mourir. Il devait se sentir horriblement seul, impuissant. Il fallait absolument que nous allions lui rendre visite, lui dire que nous étions là, le soutenir, le réconforter.
Et ma mère...elle était dans le coma, entre la vie et la mort...On l'avait retrouvé ce matin dans les toilettes du « petit caprice », le restaurant dans lequel elle travaillait. Elle était défigurée par les bleus et les marques que sont agresseur avait laissé sur elle. Je tentai de me l'imaginer mais cette pensée me tordit l'esprit. Les samedis matins elle partait tout le temps vers 6h00, car elle devait aussi travailler en cuisine avant de faire le service. Je me souvins alors de l'heure à laquelle je m'était réveillée : 6h13 ! J'aurais pu la voir avant que tout cela n'arrive ! J'aurais pu lui dire de rester, la serrer dans mes bras et lui dire à quel point je l'aimais !
Mr Dubois avait un air désolé, il m'inspirait confiance, son regard était profond et calme. Par son expression, je comprenais qu'il s'excusait de ce qu'il était en train de m'infliger. J'étais pourtant tellement en colère contre cette injustice, je le savais, j'en étais sûre, j'en étais convaincue ! Il y avait quelque chose en moi, une chaleur dans ma poitrine qui me que disait que mon père était innocent.
Pour l'instant je n'avais pas le choix, j'allais devoir partir avec Alex et Raphaël dans une autre famille. Mais j'allais devoir libérer mon père....cela risquait d'être un peu difficile, et je n'avais aucune idée de la façon dont j'allais m'y prendre. Je n'avais aucune preuve, aucun indice....juste une chaleur au fond de ma poitrine.
- Et notre famille d'accueil, comment est-elle ? Demandais-je après avoir essuyé mes larmes.
- Ne t'en fait pas pour ça, ce sont des gens très sympathiques et attentionnés, ils s'occuperont bien de vous. Cette famille est habituées à recevoir la garde d'enfants pour quelques temps lorsqu'ils sont en situation difficile. Ils ont déjà adoptés des enfants, vous ne serez pas seul !
- Quand devons-nous partir ?
- Mr Blanchet reviendra vous chercher dans une heure, en atten....
- Emma ?
Alex était perché en au de l'escalier et nous regardait avec un air ahuri. J'avais du le réveiller en pleurant et cela avait du l'inquiéter plus qu'autre chose.
- Oh Alex remonte te coucher, je reviens te chercher dans 10 minutes, c'est promis ! Allez retourne te coucher.
- Où est maman ?
- ...Au travail...je sentis le regard accusateur de Mr Dubois se poser sur moi.
- Pourquoi il y a des messieurs dans le salon?
Je ne pouvais plus lui cacher, il fallait que je lui dise avant que Mr dubois ne le fasse. Je pris une grande inspiration, je me levai du canapé et allai m'accroupir devant lui :
- Alex, écoute moi bien, Maman à eut un accident et elle est à l'hôpital, avec des médecins qui la soigne. Papa est chez la police car il y a des personnes qui disent que c'est lui qui a fait du mal à maman, mais ce n'est pas vrai. Alors en attendant que papa puisse sortir de chez les policiers, nous allons aller dormir chez des gens qui vont s'occuper de nous. Nous irons voir papa, et quand maman sera guérie, nous irons lui rendre visite aussi. Mais en attendant, elle est très fatiguée, et il faut la laisser se reposer. Et puis ça ne va pas durer longtemps, ne t'inquiètes pas, bientôt tout redeviendra comme avant, d'accord ?
- Maman est à l'hôpital ?
- Oui mais ne t'inquiète pas, elle prend des médicaments et il y a beaucoup de gens qui la soignent. Tout ira bien ne t'inquiète pas, ça ne va pas durer longtemps. Je suis sure qu'en ce moment papa et maman espèrent que tu te comporte comme un grand garçon courageux ! On va aller préparer nos affaires d'accord ?
- Oui...Mais pourquoi papa est chez la police ? Pourquoi ce n'est pas le méchant qui est chez la police ?
Ses yeux brillaient mais je savais qu'il ne pleurerait pas. Il avait peur, l'angoisse qui se dégageait de lui s'emparait de moi, mais je refusait catégoriquement de me laisser emporter par les sentiments. Il était déjà assez chamboulé, il ne fallait pas qu'il voit en plus sa s½ur pleurer sous son nez.
- Les gens commettent parfois des erreurs, les policiers, eux, se sont trompés. Ils croient que papa est coupable alors que c'est faux. Ils vont vite retrouver le vrai coupable tu verras. Papa sera bientôt libéré car il est innocent, et les innocents ne restent pas en prison. Ça va aller, ne t'inquiète pas, les policiers vont vite réparer leur faute.
- ...
En réalité, ces quelques mots s'adressaient à Mr Dubois. Je jetai un regard furtif en direction du canapé et vis qu'il me dévisageait d'un regard accusateur mais compréhensif.
Je me forçai à sourire à Alex et lui dit de monter dans sa chambre chercher quelques jouets. Il s'exécuta au pas de course.